Concours La Mécanique du Coeur : La page 37

Mathias Malzieu a souhaité vous proposer un concours inédit. Aujourd’hui, l’écrivain, c’est vous :
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Pour pouvoir réaliser votre page 37, voici les pages 35, 36, 38 et 39 :

Page 35

Le jour de mon dixième anniversaire, Docteur Madeleine accepte enfin de m’emmener en ville. Je le lui réclame depuis si longtemps… Elle ne peut pourtant s’empêc:her, jusqu’au dernier moment, de reculer l’échéance, rangeant des objets, passant d’une pièce à une autre.

Alors que je la suis à la cave, trépignant, je découvre une étagère remplie de bocaux. Certains sont étiquetés « larmes 1850-1857 », d’autres sont remplis de « pommes du jardin ».

-       A qui sont toutes ces larmes ? je lui demande

-       Ce sont les miennes. Dès que je pleure, je récupère mes larmes dans un flacon et je les stocke dans cette cave pour en faire des cocktails.

-       Comment est-ce possible que tu en fabriques de telles quantités ?

-       Dans ma jeunesse, un embryon s’est trompé de direction pour rejoindre mon ventre. Il s’est coincé dans l’une de mes trompes, provoquant une hémorragie interne. Depuis ce jour, je ne peux pas avoir d’enfant. Même si je suis heureuse d’en faire naître pour les autres, j’ai beaucoup pleuré. Mais ça va mieux depuis que tu es là…

J’ai honte de lui avoir posé cette question.

- Un jour de longs sanglots, je me suis aperçu que boire des larmes apportait du réconfort, surtout mélangées à un peu d’alcool de pomme. Mais il ne faut pas

 

 

Page 36 :

en prendre lorsqu’on est dans un état normal, sinon, on ne parvient plus à être joyeux sans en boire et c’est le cercle vicieux, on n’arrête pas de pleurer pour pouvoir en boire ses larmes.

-       Tu passes ton temps à réparer les gens, mais tu noies tes blessures dans l’alcool de tes propres larmes, pourquoi ?

-       Ne t’inquiète pas pour tout ça, je crois que nous devons descendre en ville aujourd’hui, il y a un anniversaire à fêter, n’est ce pas ? dit-elle en s’efforçant de sourire.

 

L’histoire des larmes de Madeleine m’a troublé, la descente de la colline tarde à réactiver mon excitation. Pourtant, dès que j’aperçois Edimbourg, mes rêves reprennent le dessus.

Je me sens tel Christophe Colomb découvrant l’Amérique ! Le labyrinthe tordu des rues m’attire comme un aimant. Les maisons penchent les unes vers les autres, rétrécissant le ciel. Je cours ! On dirait qu’un simple souffle pourrait faire s’écrouler la ville comme un domino de briques. Je cours ! Les arbres sont restés plantés en haut de la colline mais les gens poussent de partout, les femmes explosent par bouquets, chapeaux-coquelicots, robes-coquelicots ! Des balcons, elles s’étirent à travers les fenêtres jusqu’au marché qui colore la place St Salisbury.

Je m’y engouffre ; des bruits de sabot claquent sur le pavé ; le son des voix qui se mêlent m’emporte. Ça et ce grand clocher qui sonne avec un cœur dix fois plus gros que le mien.

 

Page 37 : la page à inventer, dessiner, imaginer

 

Page 38 : (Dessin de la ville)

 

Page 39 :

un port de tête altier, telle une danseuse de flamenco miniature. Ses seins ressemblent à deux petites meringues si merveilleusement bien cuites qu’il serait inconvenant de ne pas les dévorer sur-le-champ.

Je me fous d’y voir flou pour embrasser et chanter, j’préfère garder les yeux fernés.

Une sensation de chaleur m’envahit. Le manège de la petite chanteuse me fait peur, mais je meurs d’envie d’y monter. L’odeur de la barbe à papa et de poussière m’assèche la gorge, je ne sais pas comment ça marche une fusée rose, mais il faut que je monte.

D’un seul coup, je me mets à chanter à mon tour, comme dans les comédies musicales. Le docteur me regarde avec un air de enlève-moi-tout-de-suite-tes-mains-de-la-gazinière.

Oh mon petit incendie, laissez-moi croquer vos habits, les déchiqueter à belles dents, les recracher en confettis pour vous embrasser sous une pluie… Ai-je bien entendu « confettis » ?

Le regard de Madeleine vocifère.

Je n’y vois que du feu, en quelques pas seulement je peux me perdre au loin, si loin dans ma rue, que je n’ose même plus regarder le ciel droit dans les yeux, je n’y vois que du feu.

-       Je vous guiderai à l’extérieur de votre tête, je serai votre paire de lunettes et vous serez mon allumette.

-       Il me faut vous faire un aveu, je vous entends mais je ne pourrais jamais vous reconnaître même assis entre deux petits vieux…

-       On s’frottera l’un contre l’être à s’en faire cramer le squelette et à l’horloge de mon cœur à minuit pile on prendra feu, pas même besoin d’ouvrir les yeux.

 

Voilà ! Vous avez toutes les cartes en main pour nous envoyer une belle page 37  avant le 21 février 23h59. Mathias Malzieu déterminera le grand gagnant.

 

 

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